Halloween ou la parodie des morts



Chaque année, à la fin d’octobre, la nuit se peuple de spectres de pacotille. Des citrouilles grimaçantes trônent sur les rebords des fenêtres, les enfants se parent de haillons et de faux sang, les adultes ricanent autour d’un folklore importé d’ailleurs et vidé de toute substance. Halloween, triomphe du divertissement sur le mystère, transforme la mort en mascarade. On célèbre la peur comme un jeu, le démon comme un personnage sympathique, et le cimetière devient un théâtre où se joue la comédie du macabre.

Mais derrière ces grimaces, on entend un silence : celui de la Toussaint oubliée. Là où l’on ricanait autrefois dans les ténèbres, on priait jadis dans la lumière. Le 1er novembre, l’Église nous invitait à lever les yeux — non vers les abîmes, mais vers le ciel. La Toussaint n’était pas un commerce ni une farce : c’était la mémoire apaisée de ceux qui nous ont précédés, l’espérance tranquille d’une vie au-delà de la mort.

Entre Halloween et la Toussaint, il y a plus qu’un simple décalage de calendrier : il y a un abîme spirituel. Le premier érige un cimetière démoniaque, où les tombes s’ouvrent sur les Enfers et d’où s’échappent des ombres avides de peur et de vacarme. C’est un lieu de désordre, où la mort se fait spectacle et où le néant prend des airs de fête. Le second, au contraire, déploie un cimetière lumineux, silencieux et pur, où chaque croix se dresse comme une étoile et où les âmes s’élèvent parmi des anges bienveillants. C’est le même sol, mais transfiguré : là où Halloween creuse, la Toussaint élève.

Halloween amuse, la Toussaint console. L’une fait descendre l’homme dans les ténèbres, l’autre l’invite à regarder vers la lumière. Dans l’éclat trompeur des bougies d’Halloween, on croit exorciser la mort par le rire ; dans la clarté douce des cierges de la Toussaint, on apprend à l’aimer, à la comprendre, à la traverser.

À mesure que nos sociétés renoncent à la transcendance, elles s’inventent des ersatz : des fêtes creuses, des symboles vidés de leur sève, des simulacres de mystère. Pourtant, au cœur de cette confusion, la Toussaint demeure une flamme fragile mais fidèle, rappelant à chacun que la mort n’est pas un gouffre, mais un passage — non pas un effroi, mais une promesse.

Halloween s’éteindra avec la dernière bougie de plastique.
La Toussaint, elle, se perpétuera dans la lumière des âmes.

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