Poussin et la suprématie de la peinture
Il est des convictions qui façonnent une œuvre tout entière sans jamais se formuler en traité systématique. Celle de Nicolas Poussin appartient à cette catégorie : la peinture est le premier des arts. Non pas l'un des arts, non pas un art parmi d'autres dans une harmonie fraternelle, mais le premier — celui vers lequel tous les autres tendent sans jamais l'atteindre. Cette certitude traverse sa correspondance, informe sa pratique, et éclaire d'une lumière particulière ses grandes compositions romaines. Elle mérite, quatre siècles après sa mort, qu'on lui prête une attention renouvelée. Le XVIIe siècle français hérite d'Horace le célèbre précepte ut pictura poesis : « comme la peinture, ainsi la poésie. » Dans la tradition humaniste, ce rapprochement avait servi à ennoblir la peinture en la hissant au rang des arts libéraux, en lui prêtant la dignité de la lettre. Poussin opère un retournement discret mais radical de cette hiérarchie implicite. Si la poésie peut ...