Stanescu, entre Histoire et mémoire
Il est des écrivains dont la biographie est déjà un programme esthétique. Bogdan-Alexandru Stănescu est né en 1979, à dix ans de la révolution qui allait renverser Nicolae Ceaușescu — assez près du régime pour en avoir respiré l'air lourd, assez loin pour le regarder avec la lucidité du survivant. Directeur de 2005 à 2020 de la fiction étrangère chez Polirom, la plus prestigieuse maison d'édition roumaine, il a publié Orhan Pamuk, Philip Roth, Vladimir Nabokov avant de se consacrer pleinement à l'écriture. Ce double ancrage — l'érudit cosmopolite et le témoin intime d'une histoire nationale traumatique — informe toute son œuvre romanesque. Deux de ses romans ont été traduits en français par Nicolas Cavaillès : "L'Enfance de Kaspar Hauser" (Phébus, 2021) et "Abraxas" (Gallimard, 2025). Stănescu les conçoit lui-même comme les deux premiers volets d'une « trilogie de la mémoire et de la famille », dont "Le Soleil noir" (2024) const...