Brat culture, essai (3)
Une question préalable, qu'on esquive trop souvent : qui parle, dans une chanson pop ? Non pas quelle est l'intention biographique de l'interprète, mais quelle instance énonciatrice le texte construit-il, quelle voix se donne à entendre derrière le masque du "je" chanté. Brat mérite qu'on s'y arrête précisément parce que ce "je" y est d'une nature inhabituelle : ni tout à fait sincère, ni tout à fait ironique, mais les deux à la fois, sans qu'aucun des deux registres n'annule l'autre. La sincérité, dans la chanson populaire, a longtemps supposé une transparence : le chanteur dit ce qu'il ressent, le public y croit ou n'y croit pas, mais le contrat est clair. L'ironie, à l'inverse, suppose une distance : on chante un sentiment tout en signalant qu'on n'y adhère pas complètement. Le sujet de Brat ne choisit pas. Il habite les deux positions simultanément, comme si la sincérité elle-même était devenue une pose...