Dantec ou le catholicisme nietzschéen
Interrogé sur la trajectoire de Maurice G. Dantec, Michel Houellebecq résumait récemment le problème en une formule lapidaire : être à la fois nietzschéen et chrétien lui semble incohérent, mais il l'admet. Ce constat, venant d'un romancier peu suspect de complaisance envers les systèmes de pensée bricolés, mérite d'être pris au sérieux — non comme un verdict d'échec, mais comme l'énoncé du problème même que l'œuvre de Dantec se donne pour tâche de résoudre. Car si l'on suit le trajet qui va de "Les Racines du mal" (1995) au cycle inachevé de "Liber Mundi", en passant par les trois volumes du "Théâtre des opérations", on n'assiste pas à une conversion qui effacerait un nietzschéisme de jeunesse au profit d'un catholicisme de la maturité. On assiste plutôt à la construction patiente d'un dispositif où Nietzsche et Rome cessent de s'exclure pour devenir les deux faces d'une même guerre contre le nihilisme conte...