Le silence, voix de Dieu
« Et après le tremblement de terre, un feu ; le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu, le murmure d'une brise légère », 1 R 19, 11-12. Il y a, dans l'expérience religieuse la plus commune, une attente déçue : celle d'un Dieu qui parlerait haut, qui trancherait, qui répondrait sur-le-champ à la prière. Or l'Écriture elle-même désigne le silence comme le lieu privilégié de la théophanie. Au mont Horeb, Élie cherche Dieu dans l'ouragan, le séisme, le feu — trois manifestations spectaculaires, trois formes de la puissance divine telle que l'imagine l'homme religieux. Dieu n'est dans aucune d'elles. Il vient dans ce que le texte hébreu nomme "qol demamah daqqah", littéralement « une voix de silence ténu », que la tradition latine a rendu par "sibilus aurae tenuis", le murmure d'un souffle léger. Ce renversement n'est pas un détail exégétique. Il constitue une clé herméneutique pour toute la théologie biblique d...