Les égarements du cœur et de la situationship
« Situationship » est un mot de notre époque : il désigne une liaison qui se vit sans jamais se nommer, un attachement réel mais volontairement soustrait à toute déclaration, à tout statut, à tout engagement formel. On pourrait croire ce phénomène propre à la culture numérique contemporaine, à ses applications de rencontre et à sa peur contractuelle du lien. Nous voudrions montrer, au contraire, qu'il possède une généalogie précise dans la littérature française du XVIIIe siècle, où le refus de nommer la relation — de la faire passer du non-dit à l'aveu, du jeu au contrat — constitue l'un des ressorts les plus constants du roman et du théâtre. L'anachronisme du terme importe moins que la structure qu'il désigne : une intimité entretenue précisément par l'absence de définition, où nommer la chose serait déjà la perdre. Le théâtre de Marivaux a donné son nom à une pratique de langage — le « marivaudage » — que le Dictionnaire de l'Académie française définit com...