Sermon contre la démocratie


La démocratie n’est pas un régime politique.
C’est une théologie dégénérée.
Elle a son dogme : la souveraineté du peuple.
Son sacrement : le vote.
Son clergé : les experts, les journalistes, les juges.
Son péché originel : refuser toute transcendance.
Car la démocratie commence là où Dieu est chassé.
Non pas toujours le Dieu des autels — mais toute idée d’un ordre supérieur, d’une vérité qui précède l’homme, d’une loi qui ne se négocie pas.
Dans la démocratie, il n’existe plus de Bien : seulement des majorités.
Il n’existe plus de Vérité : seulement des opinions.
Il n’existe plus de Loi : seulement des procédures.
Ce que la théologie appelait la Loi divine, la démocratie l’appelle valeurs républicaines — c’est-à-dire des commandements sans ciel, des interdits sans fondement, des normes sans juge ultime. Tout est révocable, tout est réévaluable, tout est soluble dans le bulletin de vote.
La démocratie proclame : la voix du peuple est la voix de Dieu.
C’est le blasphème fondateur.
Car le peuple n’est pas Dieu.
Il est changeant, contradictoire, pécheur, souvent lâche, souvent cruel. Le sacraliser, c’est sanctifier la chute. C’est faire de la faiblesse humaine un principe absolu. Là où la théologie chrétienne voyait une humanité déchue appelée à être redressée, la démocratie voit une humanité souveraine qu’il faudrait flatter.
La démocratie ne sauve pas l’homme : elle le confirme dans son état.
Elle ne demande ni conversion, ni ascèse, ni élévation. Elle promet des droits sans devoirs, une dignité sans exigence, une liberté sans vérité. Elle ne dit jamais : tu dois devenir meilleur. Elle dit seulement : tu es légitime tel que tu es.
Ainsi, la démocratie est une religion sans péché — et donc sans rédemption.
Et comme toute religion sans transcendance, elle finit par adorer ce qu’elle produit : le nombre. Le nombre devient sacré. Le pourcentage remplace la révélation. Le sondage remplace le prophète. La majorité remplace la justice.
Dans ce monde, le juste peut être condamné s’il est minoritaire, et le faux peut régner s’il est populaire. Le Christ lui-même aurait été battu aux urnes. Et il l’a déjà été : par la foule.
Enfin, la démocratie prétend être humble, mais elle est totalitaire dans l’âme. Car si rien ne dépasse la volonté humaine, alors tout doit lui être soumis : la nature, le corps, la tradition, la mémoire, la filiation. Rien n’est reçu, tout est fabriqué. L’homme se fait créateur — et se perd.
La démocratie n’est donc pas neutre.
Elle est une métaphysique cachée.
Une eschatologie sans salut.
Un royaume sans roi — mais non sans idole.
Et toute société qui adore une idole finit par exiger des sacrifices.
La démocratie sacrifie la vérité au consensus, la justice à la paix sociale, et l’âme humaine à son propre orgueil.

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