L'Exil, roman (142)
Ils criaient sur les murs, ivres de mon courage,
Mais dans mon cœur brisé gémissait un esclave.
Leur clameur s’éteignit comme un souffle trop grave,
Et je restai courbé sous l’ombre du naufrage.
Cette armure étrangère a meurtri ma poitrine ;
Elle m’a fait saigner comme une amante infidèle.
Et pourtant, sous le fer, une ardeur clandestine
Brûlait mes flancs usés d’une flamme cruelle.
Dans le vent glacé dort la cité misérable ;
Son haleine empeste et ses murs sont de boue.
Ô Rome, loin de toi, tout m’est poussière et gouffre,
Et mon âme s’engloutit dans l’hiver implacable.
J’ai parlé comme un roi sous le feu des alarmes,
Mais seul, j’ai retrouvé mes larmes et mes fers.
Ainsi mon front se voile et s’illumine en larmes :
Je suis double — héros d’un soir, captif des mers.